Dix ans plus tard : Totems de paix au cœur de Bruxelles
Le moment décisif
Photographier la terreur après les attentats terroristes du 22 mars
Je pouvais photographier les personnes en deuil à Bruxelles, mais cela ne me semblait pas tout à fait juste. Je pouvais saisir la douleur des visages et les moments de recueillement, mais au fond de moi, je sentais que les images ne raconteraient pas toute l'histoire.
Je me souviens de l'atmosphère à la Bourse dans les jours qui ont suivi les attentats. C'était une mer de messages à la craie, de bougies et de fleurs. Mais en tant que photojournaliste, je savais que ce deuil collectif était fragile. Suite à cela, et étant moi-même photojournaliste, je me sentais totalement impuissant. Comment raconter cette histoire d'attentats terroristes ? Je n'étais pas sur place. J'y étais seulement juste après les attaques, avec d'autres photographes, pour immortaliser les victimes qui avaient survécu et pouvaient s'enfuir.
Mais je voulais faire quelque chose de spécial, quelque chose dont on se souvienne.
Un jour, j'ai appris que la ville prévoyait de retirer les monuments commémoratifs dès le lendemain. Je ne voulais pas que ces hommages se réduisent à une simple image d'archive. Je souhaitais leur conférer la dignité d'un portrait réalisé en studio.
Fleurs sur un tissu noir
J'ai pris un simple morceau de tissu noir et je suis descendue dans la rue pour y déposer divers objets : des bouquets, des mots, de petits présents laissés par des inconnus en deuil. Isolés sur ce fond noir, ces objets n'étaient plus de simples « débris de rue ». Ils sont devenus des symboles de paix .
Je les ai photographiés là, sur le trottoir, courant après les équipes de nettoyage. C'était un projet « à faire maintenant ou jamais », qui a depuis été publié et vendu à plusieurs reprises, mais sa véritable valeur à mes yeux réside dans le témoignage qu'il offre de la résilience de Bruxelles.
Une décennie de souvenirs
Dix ans plus tard, la ville a évolué, mais le parfum de ces fleurs et le poids de ce silence persistent dans ces images. Les regarder aujourd'hui me rappelle pourquoi nous faisons ce que nous faisons : immortaliser ce qui est sur le point de disparaître pour qu'il ne nous quitte jamais vraiment.
Vous pouvez en savoir plus sur cette série dans mon portfolio de documentaires.